Prospection de surface

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La prospection de surface au CRARM


Nos prospections de surface se font en groupe ou individuellement. Au préalable, nous avons obtenu une autorisation du SRA (Service Régional d'Archéologie) et du propriétaire du terrain.

Nous nous efforçons de travailler sur des problématiques définies à l'avance. Nos recherches s'orientent plus particulièrement sur des périodes archéologiques mal connues en région mantaise et pour lesquelles il existe une collaboration entre nous, des professionnels et des universités (Programmes communs de recherches, thèses).

Sur le terrain, il est important de respecter les cultures et d'informer le propriétaire sur les découvertes. Une bonne relation avec les agriculteurs est vitale pour notre activité mais actuellement, les chercheurs au détecteur et les dommages qu'ils causent dans les cultures font une très mauvaise réputation à la prospection de surface.
Nous nous attachons à nous démarquer de ces individus qui confondent archéologie et pillage. Au CRARM, l'utilisation de détecteurs de métaux est interdite.

Une prospection se déroule en plusieurs phases :

  •                 le ramassage sur le terrain se réalise par des passages ordonnés et le positionnement des zones de concentration de mobilier. Il ne sert à rien de courir dans tous les sens pour couvrir le maximum de terrain. Vous ne comprendrez pas la répartition des pièces et nombres d'entres elles vous échapperont (en particulier les petits éléments tels que les microlithes). On ne sélectionne pas les pièces sur place sauf cas particulier. L'ensemble du mobilier doit être ramassé. Si certaines pièces semblent futiles, d'autres personnes plus qualifiées pourront peut-être les exploiter.

  •                 Le nettoyage s'effectue dans la foulée de la prospection. Certains fragments de céramiques n'apprécient pas un brossage trop insistant (poteries pré. et protohistoriques, céramiques peintes).

  •                 Après séchage on trie le mobilier et l'on dresse un inventaire. On note sur les pièces le nom de la commune, le lieu-dit et l'année. Les pièces remarquables ou diagnostiques pour une période sont photographiées ou dessinées. L'ensemble du ramassage est ensuite stocké dans les locaux du CRARM.  Par la suite, les collections ainsi constituées pourront faire l'objet d'études, de publications ou d'expositions.

  •                 Enfin, on rédige un rapport pour le Service Régional d'Archéologie à l'aide de l'inventaire, des photos, des dessins et des observations de terrain.

Il est fortement conseiller à chaque prospecteur d'avoir un journal de prospection où il pourra noter au jour le jour son travail et ses observations.


La première prospection

La prospection est une expérience ingrate, pour qui la tente pour la première fois.

Songez à l'immensité d'un champ. Une immensité brouillée par la neige fondue.

Les derniers flocons récalcitrants collent aux sillons soigneusement tracés par une machine agricole. Ces sillons réguliers sont, précisément, le fil d'Ariane à suivre pour respecter " un protocole " rigoureux de prospection pédestre. Il ne s'agit pas de tâtonner de droite et de gauche, maladroitement, ni d'arpenter au hasard, ni de piétiner les indices, mais de suivre le long sillon, très long, pernicieux et masqué par des mottes d'une terre généreusement gluante. Un sillon supposé livrer, comme cela, à l'air libre, des fragments émoussés d'une vie passée. 

Au fil des saisons le sol cultivé, arrosé, reposé, ensemencé, bouge, se modifie insensiblement ; le passage des engins racle, rogne, soulève, prélève incidemment un fragment de tuile, un tesson décoré à la molette, ce petit instrument monté sur un axe, qui permettait dans l'Antiquité et au Moyen-âge d'apposer l'empreinte d'un motif décoratif sur la pâte encore molle des céramiques montées au tour.
Bien entendu, la campagne de prospection se planifie, il faut s'équiper d'un minimum de matériel de ramassage (autrement dit : des sachets plastique), alerter le propriétaire. Il n'est aucunement question de sillonner un champ (l'expression est adéquate !) sans préparation, à n'importe quelle saison et n'importe quelle heure du jour.  Un petit matin encombré de nuages, laissant toutefois filtrer une lumière rasante paraît propice. Pas question d'abîmer le sol et ses futures récoltes, un peu de bons sens et de civisme ! Tout cela ne peut se pratiquer que dans le cadre d'une démarche autorisée et motivée.

Etre investi d'une mission, toute préparée et autorisée qu'elle fût, n'est toutefois pas très consolateur face à une situation extrême : quand le sillon reste muet.

Rien ne se dévoile à la surface. Le regard scrutateur du prospecteur, minutieux et fatigué après deux heures d'intense confrontation avec la terre, se heurte à une évidence : il n'y a rien à voir. Alors le sillon est arpenté dans le sens inverse, pas à pas, dans une marche lente et studieuse.

Soudain, une découverte : un morceau de tuile plate paraissant romaine (tegula) et dotée d'un rebord. Puis un second ! Et voilà l'esprit embué du prospecteur novice qui s'éclaire : il y a bien la trace d'une activité humaine par ici. Peut-être celle d'une activité de construction, à tout le moins une structure bâtie quelconque ! C'est éminemment réconfortant.

Un peu plus loin, surgit un de ces tessons foncés, décorés à la molette, avec un décor de casiers. Unique mais réjouissant !
Il est temps de rentrer à présent, de regagner le Centre de recherches et son atmosphère rassurante et chauffée.  La nature dans sa majesté a ses limites.


L'opération suivante consiste à nettoyer, avec précaution, sa maigre récolte. Les sédiments inutiles tombent en pluie au fond de la cuvette remplie d'eau. Les décors, traces d'outils (agricoles ?) se révèlent. Des commentaires fusent. En effet vous n'êtes plus seul désormais. Des prospecteurs avertis ou chanceux, répartis sur d'autres sites pressentis, viennent agiter sous votre nez une moisson de découvertes affolantes : des fragments de taille de silex, des microlithes et autres raretés, à foison. Évidemment, vous ne risquiez pas vous-même de trouver tout cela, puisque vous arpentiez supposément un site antique voire médiéval. Il faut rester humble. Surtout quand le responsable des opérations se penche par-dessus votre épaule, inspecte rapidement le contenu de la cuvette, et vous déclare " oh, de la tuile !... mais on en a déjà des caisses pleines. Tu peux jeter ".
Tout est dit.

                                                                                                                Anne Delaplace


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